Que fait-on de la Préhistoire ?

Soirée-débat du jeudi 16 décembre 20h30, salle… …

Que fait-on de la Préhistoire ?

Usages idéologiques et psychologiques

des savoirs et de l’imaginaire préhistoriques

Corrézien, chercheur en littérature, militant et thérapeute, auteur de l’essai Le Roman préhistorique* qu’il présentera pendant la soirée-débat, Marc GUILLAUMIE s’intéresse depuis une trentaine d’années à ces récits de fiction, dont La Guerre du feu est le prototype pour le grand public francophone, et qui mettent en scène la Préhistoire.

Au-delà du roman, cet imaginaire irrigue aussi la publicité, les chansons, les livres de littérature jeunesse, les BD, les séries, les sites, les films… et même des tableaux, des dioramas, des figurines, des jouets, des statues, des timbres-poste, des musiques, des danses ! Cette rêverie préhistorique diffuse est donc très présente dans le monde moderne, sous de multiples formes dont le livre retrace l’histoire depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours, en illustrant son propos à l’aide d’une riche iconographie.

Depuis plus de cent cinquante ans, des scénarios et des images se répètent, avec assez peu de variations. Plagiés, démarqués, ressassés, adaptés, mis au goût du jour, ils remplissent forcément des fonctions sociales. Lesquelles ?

Il ne s’agit pas de dénoncer les supposées « erreurs scientifiques » des romanciers, des cinéastes et des artistes (comme l’ont déjà fait de nombreux préhistoriens), ni inversement de saluer une prétendue « vérité scientifique » du roman (comme l’ont fait d’autres préhistoriens). Il s’agit de prendre sérieusement ces fictions pour objet d’étude, et de les prendre pour ce qu’elles sont : elles n’ont peut-être pas grand-chose à nous apprendre sur la Préhistoire, mais beaucoup à nous apprendre sur l’époque moderne qui les produit.

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C’est sur un aspect particulier de cet imaginaire, que Marc Guillaumie insistera pendant la soirée-débat : que fait-on aujourd’hui de la Préhistoire, dans notre monde ? C’est-à-dire : la Préhistoire, « à quoi ça sert ? » ou encore : « comment l’utilise-t-on ? » voire « comment la déforme-t-on ? » et « que lui fait-on dire ? » à elle qui, par définition, ne dit rien.

Cette science apparemment gratuite, ou plutôt cet ensemble disparate de savoirs et de représentations, est en réalité un lieu de vives tensions, de contradictions, de conflits autour d’enjeux importants. Nationalisme et universalisme, pseudo-darwinisme, racisme, sexisme et féminisme, mépris social et progressisme, classement implicite des genres (genres littéraires, genres des individus), critique et défense de la vulgarisation scientifique, écologie et « nouvelles spiritualités », sensibilités nouvelles et nouvel ordre moral, pyramidologie, soucoupisme et complotisme, futurologie et New Age, régression infantile et fantasmes de toute-puissance… Tout cela se situe aux carrefours de l’épistémologie, de l’histoire des représentations, de la politique, de la littérature et des mythes, de la psychologie et de la sociologie des croyances.

En ce moment où (face aux plus répugnantes falsifications historiques, qui acquièrent droit de cité médiatique) on interroge légitimement le « roman national » et tous les « grands récits », la Préhistoire semble bizarrement rester dans un angle mort des débats. Comme si elle était neutre. Comme si c’était « de la science », et rien d’autre.

(*) Marc Guillaumie, Le Roman préhistorique. Essai de définition d’un genre, essai d’histoire d’un mythe, Bordeaux : éd. Fedora, 2021, 518 p.

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