XXIe siècle : une nouvelle ère pour l’humanité ?

La fin des années 1980 signa l’effondrement du bloc soviétique et du « communisme réel » à l’Est comme à l’Ouest, notamment en Italie et en France. Promue depuis les années 1970 par l’Amérique de Ronald Reagan et le Royaume-Uni de Margaret Thatcher, l’offensive du capitalisme néolibéral s’engouffra dans cette grande brèche. Sous la houlette du secteur financier et de ses fonds de pension, la globalisation de l’économie et l’hégémonie politique et sociale du modèle néolibéral sur la planète entière semblait assurées. D’aucuns parlèrent alors de « fin de l’Histoire ».

Mais une insurrection indigène zapatiste complètement inattendue, surgie de la jungle mexicaine, signala au début de l’année 1994 que cette fin de l’Histoire n’était pas encore arrivée. Après le déclenchement au Chiapas de ce mouvement « intergalactique » de libération tout à fait original, le début du XXIème siècle fut marqué par l’essor du mouvement altermondialiste avec ses forum mondiaux. Une volonté de riposter à l’énorme offensive lancée par le capitalisme et de renouveler les pratiques et politiques de résistance se faisait donc jour.

Aujourd’hui, vingt ans après, la crise déclenchée par la pandémie virale fait apparaître la nouveauté de l’époque historique ouverte au tournant de ce siècle. Pour reprendre une formule de l’historien Eric Hobsbawm, certains historiens ou observateurs considèrent que le « court XXIe siècle » ne commence qu’aujourd’hui, en ces années 2020. La pandémie en serait le formidable révélateur ou, comme diraient les sociologues, « l’analyseur » planétaire. 

C’est avec Edwy Plenel, observateur particulièrement affûté et engagé dans notre temps, que nous allons envisager cette époque totalement nouvelle de l’Histoire dans laquelle nous sommes certainement entrés, sachant qu’après l’insurrection zapatiste, depuis 2011 et le mouvement démocratique en Tunisie, un vent de soulèvements socio-écolo-démocratiques continue de souffler face aux sociétés néolibérales de contrôle, de « démocrature », ou despotiques dominantes. Ce mouvement, dont le sens et les dimensions paraissent difficiles à saisir, se poursuit par-delà la pandémie, malgré et face aux opportunités de mainmise sécuritaire et de politiques liberticides que l’épisode mondial de confinement a offertes aux pouvoirs en place. C’est de cette situation, de ses possibles, sur fond d’Anthropocène, de réchauffement climatique et de menace sur le vivant, que nous aimerions débattre avec le fondateur de Mediapart.

Edwy Plenel    –  Militant trotskiste dans les années 1970, il est tout d’abord journaliste à Rouge, l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Quelques années plus tard, il s’éloigne de cette dernière et entre au service Éducation du Matin de Paris, puis au journal Le Monde en 1980.

D’abord spécialiste des questions d’éducation, il s’y fait remarquer par ses enquêtes. Ses révélations sur la plupart des affaires de la présidence de François Mitterrand en feront une figure du journalisme indépendant et critique. Principal animateur de la nouvelle formule du Monde apparue en 1995, il est directeur de la rédaction de 1996 à 2004, année de sa démission de ce poste dans un contexte de crise provoqué par la publication en 2003 de La Face cachée du « Monde », réquisitoire implacable sur le fonctionnement du journal.

Depuis 2008, président et cofondateur du site web d’information et d’opinion Mediapart, il a joué un rôle-clé dans la révélation des affaires Woerth-Bettencourt, Cahuzac, Aquilino Morelle et Sarkozy-Kadhafi, mais ėgalement dans des enquêtes internationales comme les Football Leaks ou les Malta Files.

Bibliographie succinte :

Edwy Plenel a publié une vingtaine d’ouvrages, dont L’Effet Le Pen (en collaboration, 1984), La République inachevée sous-titré L’État et l’école en France (1985), Mourir à Ouvéa. Le tournant calédonien (en collaboration avec Alain Rollat), Paris, La Découverte-Le Monde, 1988,.La Part d’ombre (1992), Secrets de jeunesse (2001), qui a été distingué par le prix Médicis essai, La Découverte du monde (2002), Procès (2006), Le Président de trop (2011), Le Droit de savoir (2013), Dire non (2014), Dire nous (2016), Voyage en terres d’espoir (2016) et La valeur de l’information (2018).

Dernière publication : La sauvegarde du peuple. Presse, liberté et démocratie. Editions La découverte, 2020.

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