La protection sociale dans la tourmente néolibérale : l’exemple des retraites.

La protection sociale dans la tourmente néolibérale : l’exemple des retraites.

La réforme du système des retraites préparée par le gouvernement baissera les pensions.

1. Un système par points ne donne pas de garantie de justice. Parce que, en prenant en compte la totalité de la carrière pour accumuler des points, il pénalise ceux qui auront eu des parcours professionnels entachés de chômage, de précarité, de temps partiel ou des carrières professionnelles courtes, les femmes en particulier. Autrement dit, le système par points supprime toute référence à un taux de remplacement du salaire par la pension et il reproduit, sinon les amplifie, les inégalités au travail.

2. En annonçant que la totalité des pensions ne devra jamais dépasser 13,8 % du PIB, ce qu’elles sont aujourd’hui, le projet de réforme fige à jamais la part de richesse que devront se partager des retraités de plus en plus nombreux, diminuant ainsi la part de chacun par rapport à l’enrichissement de la société.

3. Le président Macron avait promis de ne pas changer l’âge légal de la retraite de 62 ans. S’il semble abandonner l’âge dit « du taux plein » pour fixer une durée de cotisation appelée à croître, la décote pour inciter à travailler plus longtemps (alors qu’on compte plus de 6 millions de chômeurs) dégradera tout autant le niveau de la pension.

4. Les travailleurs sauront la valeur du point qu’ils « achètent » avec leur cotisation, mais ils ne connaîtront pas la valeur du point qui leur sera « servie », dans la mesure où elle sera ajustée à volonté par le gouvernement en fonction de l’économie, sans que l’on sache si elle suivra l’évolution du revenu moyen par tête et si elle sera indexée sur l’inflation.

5. Le système par points est par définition contributif, il exclut donc a priori toute idée de redistribution et de solidarité. Certes, il est prévu de maintenir la part de solidarité… sauf pour les pensions de réversion (qui seront conservées mais en reculant l’âge y ouvrant droit et en défavorisant de nombreuses personnes touchant pourtant de basses pensions) ; droits familiaux censés être accordés « dès le 1er enfant », alors que la majoration de durée d’assurance actuelle pour chaque enfant disparaît.

6. Les fonctionnaires verront leurs primes intégrées dans le calcul des points. Mais beaucoup d’entre eux ne perçoivent que des primes dérisoires.

7. Promettant de garder le système par répartition, le gouvernement élargit les conditions d’une épargne retraite par capitalisation pour les titulaires de hauts revenus.

J.-M. H., septembre 2019.

Jean-Marie Harribey est professeur agrégé de sciences économiques et sociales, ancien Maître de Conférences en sciences économiques à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV, Docteur habilité à diriger des recherches en sciences économiques, co-président du conseil scientifique d’ATTAC depuis 2015, directeur de publication de la revue Les Possibles, chroniqueur à Politis, membre de la Fondation Copernic, ancien co-président d’ATTAC de 2006 à 2009, ancien co-président des Économistes atterrés de 2011 à 2014.

Domaines de recherches :

* Critique de l’économie politique

* Théorie de la valeur

* Socio-économie du travail et de la protection sociale

* Développement soutenable, Economie et écologie

Blogs :

Economie alternative (Blog sur la page du mensuel Alternatives économiques)

Dessine-moi une économie (Blog sur la page du journal Le Monde)

Derniers ouvrages parus, seul ou en collaboration :

– Passerelles vers l’avenir, Préface à Attac, L’Abécédaire engagé, 2018 ;

– La monnaie, un enjeu politique (Économistes atterrés : Jean-Marie Harribey, Esther Jeffers, Jonathan Marie, Dominique Plihon, Jean-François Ponsot), 2018 ;

– Faut-il un revenu universel ? (Économistes atterrés, Fondation Copernic : Jean-Marie Harribey et Christiane Marty, coordinateurs), 2017 ;

– Changer d’avenir, Réinventer le travail et le modèle écononomique (Économistes atterrés : Mireille Bruyère, Benjamin Coriat, Nathalie Coutinet, Jean-Marie Harribey, coordinateurs), 2017 ;

– Par ici la sortie, Cette crise qui n’en finit pas (Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Frédéric. Lemaire, Dominique Plihon), 2017.

La soirée c’est le 16 octobre à 20h30 au Cira : EAGR, 64 av. de la
révolution à Limoges.

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