Antisionisme, antisémitisme : les enjeux d’un amalgame

Dominique Vidal

                              à Limoges samedi 4 mai 2019 17h00

                                                                                             espace EAGR, 64 av. de la Révolution Limoges

En coopération avec le Cira limousin et Limousin-Palestine

Antisionisme, antisémitisme : les enjeux d’un amalgame

Le 16 juillet 2017, à la fin de son discours pour le 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, le président de la République déclare, face au Premier ministre israélien invité pour la première fois : « Nous ne cèderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

Cet amalgame constitue à la fois une erreur historique et une faute politique. Une erreur historique : la majorité des Juifs, aujourd’hui comme hier, ne sont pas sionistes. Une faute politique : le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) s’engouffre dans la brèche pour exiger l’interdiction de l’antisionisme.

Jamais le président n’a repris cette petite phrase… jusqu’au 20 février 2019. La multiplication d’actes antisémites relance alors la pression en faveur de l’adoption d’une loi. Au point que le député macroniste Sylvain Maillard, président du Groupe d’études sur l’antisémitisme, en annonce la préparation.

Mais la plupart des juristes s’y opposent, refusant la réintroduction d’un délit d’opinion. Nombre de politiques proches d’Emmanuel Macron expriment leurs réserves. Et 69 % des Français, dans un sondage Ifop, ont dit avoir « une mauvaise image du sionisme »

À défaut de loi, il faut donc offrir au CRIF un lot de consolation. Lors de son dîner, le président déclare : « L’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme. C’est pourquoi je confirme que la France mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). » Sauf que ni cette « définition », ni les « exemples » (dénués de toute valeur juridique) qui l’accompagnent ne mentionnent… lantisionisme !

Frédéric Potier, le préfet qui dirige la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), livre le mode d’emploi de l’opération : « L’apport de cette définition est qu’elle parle de la haine d’Israël en tant que collectivité, même si le mot d’“antisionisme” ne figure pas en tant que tel. Elle permettra cependant de qualifier d’antisémite une partie des propos antisionistes. » Alain Soral a pourtant été condamné à un an de prison ferme en vertu des lois existantes !

La manœuvre est cousue de fil blanc : la droite israélienne veut surtout faire taire toute critique de sa politique. Et, de même que leurs amis français ont inventé une loi – qui n’existe pas – contre le boycott d’Israël, de même ils s’appuieront, pour combattre l’antisionisme, sur une « définition »… qui ne le mentionne pas.

Le combat contre l’amalgame continue.

                                                                Dominique Vidal

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