Mai 68 et le bouleversement de toutes les pratiques : l’exemple du cinéma – David Faroult

Mai 68 et le bouleversement de toutes les pratiques : l’exemple du cinéma

avec David Faroult

maître de conférences en cinéma à l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière

Mai 68 a été la plus grande grève de l’histoire européenne du dernier demi-siècle, par son ampleur et sa durée. L’événement a immédiatement saisi de nombreux cinéastes qui ont réorienté leur travail selon l’écho que cette secousse rencontrait chez eux. Sous la forme d’une causerie illustrée par la projection de courts-métrages ou d’extraits de films significatifs, s’évoquera la profondeur des transformations de leurs pratiques conduites pendant et après l’événement par quelques cinéastes, pour en appréhender aussi la variété et les reconfigurations d’un usage politique du cinéma. Un tel aperçu de ce qui a été repensé dans la pratique du cinéma peut aussi nourrir l’imagination et la réflexion autour de la profondeur des réflexions et transformations qui peuvent être conduites dans tous les domaines. David Faroult, maître de conférences en cinéma à l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière, est l’auteur de Godard, Inventions d’un cinéma politique, Les Prairies ordinaires, 2018, à paraître au mois de septembre. Il est le co-auteur de Jean-Luc Godard : Documents (Centre Pompidou, 2006). Il a également présenté en bonus l’ensemble des films du « groupe Dziga Vertov » dans leur première édition en DVD (Intermedio, 2008). Il a dirigé, avec Hélène Fleckinger, pour la revue Documentaire, Mai 68 : Tactiques politiques et esthétiques du documentaire.

Les films :

La reprise aux usines Wonder, Sochaux : 11 juin 1968 + surprises

Sochaux : 11 juin 1968

Réalisé par le groupe Medvekine. 11 juin 1968. Après 22 jours de grève, la police pénètre dans les usines Peugeot à Sochaux : deux morts, cent cinquante blessés. Un drame longtemps resté dans l’oubli. Des témoins racontent. Les groupes Medvedkine sont une expérience sociale audiovisuelle menée par des réalisateurs et techniciens du cinéma militant en association avec des militants de la région de Besançon et de Sochaux entre 1967 et 1974. Le nom des deux groupes a été choisi en hommage au travail du réalisateur soviétique Alexandre Medvedkine. En mars 1967, le cinéaste Chris Marker reçoit une lettre du CCPPO (Centre culturel populaire) qui participe à l’animation de l’occupation de l’usine Rhodiaceta, lui demandant de leur envoyer des films. Durant l’occupation de l’usine, le comité de grève souhaite en effet développer l’animation culturelle, notamment par la diffusion de films militants. Chris Marker accepte. Une fois sur place, il sort sa caméra 16mm et commence à filmer de l’intérieur la grève des Rhodiaceta. Cette rencontre va déboucher sur la création de deux groupes d’ouvriers et techniciens du cinéma mettant leur pratique en commun pour la création de films militants.

La reprise aux usines Wonder

Le 10 juin 1968, après une longue grève, la reprise du travail est votée aux usines des piles Wonder à Saint-Ouen. Jacques Willemont, Pierre Bonneau1 et quelques autres élèves de l’IDHEC, eux aussi en grève, sont là pour filmer la scène. À l’origine, cela devait constituer, selon Jacques Willemont, une séquence d’un long métrage qu’il réalisait intitulé Sauve qui peut Trotsky, qui ne fut jamais terminé. Cette version est contestée par Pierre Bonneau qui explique : «nous passions par là presque par hasard… ». Le plan séquence filmé par Bonneau en 16 mm, de 10 minutes, montre les réactions des divers ouvriers, ouvrières, syndicalistes et cadres de l’entreprise à ce moment crucial. Une jeune ouvrière crève l’écran, criant et pleurant, assurant qu’elle ne reprendra pas le travail : « Non, je ne rentrerai pas, je ne foutrai plus les pieds dans cette taule, c’est trop dégueulasse ! » Cette séquence est connue sous le nom de La Reprise du travail aux usines Wonder.

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